#0 Exposer ses mots

© Cécile Benoist Toulouse, quartier Borderouge

© Cécile Benoist
Toulouse, quartier Borderouge

Celui qui devra effacer ce graffiti aura peut-être la main hésitante. Il sentira sans doute ce petit papillon intérieur de la culpabilité qui se manifeste lorsqu’on jette un dessin d’enfant. Ou bien, le regard dur et fuyant, il ne prendra pas la peine de lire cette littérature urbaine, et l’anéantira, sans pitié.

Dans ce monde saturé de messages, difficile de débusquer ceux qui sont signifiants pour moi, ceux que je voudrais transmettre aux gens que j’aime. Des messages vides, des messages creux, des messages superficiels pour toi mais plein de sens pour lui là-bas, pour elle ici, pour moi maintenant, pour eux demain. Chacun cherche à attirer l’attention sur le message qu’il envoie, à le faire sortir du lot. Mais qui le remarquera ?

Écrire sur un mur virtuel, taguer un mur réel : quelle différence ? Les mots sont exposés, impudiques, à la vue de tous. Pour un seul destinataire, combien de lecteurs ? Mais exposer ses mots, c’est aussi crier son message : clamer sa tendresse fraternelle, hurler son amour, vomir sa haine, brailler sa colère, sortir ses tripes, parce qu’on veut les rendre publics ces mots, comme pour mieux les légitimer, pour leur donner plus de force, pour ne pas pouvoir revenir dessus. Dit, c’est dit ! Écrire, c’est laisser trace. Déposer un texte sur le net, c’est paradoxalement l’exposer pour l’éternité technologique et le vouer à l’oubli dans l’heure qui suit ou, soyons optimistes, dans les jours à venir.

Rendre ses mots publics, c’est aussi, parfois, être pudique. Je n’ose pas te le dire les yeux dans les yeux, alors je l’expose à tous, avec subtilité, en espérant que tu comprennes que tu es le véritable destinataire. Je ne veux pas te vexer, je ne veux pas te blesser… mais je te le dis quand même, sans te le dire.

Et puis, surtout, laissons des traces éphémères pour faire sourire, provoquer le rire. La force de l’échange, c’est le second degré, les lectures multiples. Érigeons la dérision en règle car nous sommes ici pour si peu de temps… Quand la profondeur devient ennuyeuse, l’humour reste fédérateur, la légèreté salvatrice. Comment survivre sans eux ? Exit les sérieux !

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