#16 L’éléphant, le diable et l’oie

© Cécile Benoist Histoires minérales (Sidobre, 2013)

© Cécile Benoist
Histoires minérales (Sidobre, 2013)

L’éléphant en question a deux rêves : un, manger du fromage ; deux, jouer au billard. Pas forcément simultanément, au demeurant. Il n’est jamais le dernier pour se faire une bonne bouffe, alors il privilégie sa quête laitière. Et comme le fromage, ça ne court pas les sentiers de la savane, il migre en France. Il fait confiance aux ouï-dire, paraît que c’est là-bas qu’on trouve les meilleurs du genre. Il se dit qu’il devrait bien tomber sur une table de billard en chemin.

À peine a-t-il posé une patte sur le sol européen qu’un bonhomme lui barre la route. Sombre, l’air condescendant, il est perché sur un fauteuil en lévitation. Ôte-toi de là ou je vous éjecte, toi et ton siège d’esbrouffe, jette l’éléphant à celui qui lui fait obstacle. J’voudrais bien voir ça, répond l’autre. En vrai, il a les miquettes. Alors il tente d’impressionner le mastodonte en l’éclaboussant de sa fonction : Mon cher, je suis le diable, poursuit-il. Je m’en contrecarre de la trompe, répond son interlocuteur, décampe !

Sur ce, l’oie entre en scène. On se calme, vous êtes sur mon territoire, tous les deux. Faites une pause, et venez manger un bout avec moi. L’éléphant et le diable, tout penauds face à tant de pondération, s’exécutent. Mais leurs chamailleries se poursuivent. Quand arrive le fromage, l’éléphant barrit triomphalement. Il s’enfile un cabécou, une bonne tranche de comté et un camembert entier – qui lui restent sur l’estomac, mais passons.

Un pachyderme qui festoie de frometon, mais où va-t-on, s’offusque le démon. Les temps changent, philosophe l’oie. Si ça ne tenait qu’à moi, je t’enverrai ça par-dessus le mur de la mort, rétorque le diable. Arrête de faire ta mauvaise tête, tempère le volatile. Et si nous allions faire une partie de billard, je suis sûre de pouvoir vous battre tous les deux. Barrissement de victoire.

Autant dire que l’éléphant a mis un peu le souk dans la salle de billard : coups de trompe intempestifs, jeux de pattes déplacés, empreintes géantes laissées ici et là. Le groupe s’est fait viré… Depuis, sont devenus copains comme cochon, ces trois-là.

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