Vaseco #3 Il faut être sauvage, par Mariane Desroziers

François Bon et le collectif Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, un auteur écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Aujourd’hui, je vasecommunique avec Mariane Desroziers, qui a proposé d’écrire autour du mot « sauvagerie », comme une perche tendue… De son côté, une femme, inspirée par de la littérature sauvage, transforme son existence pour vivre sa version de la sauvagerie. Pour moi, difficile d’écrire autre chose qu’un auto-questionnement sur la démarche de mon carnet-web…
> Lire mon texte « Littérature sauvage ? » sur le blog de Mariane Desroziers.
> Accéder à la liste des vases communicants du mois de décembre

« Il faut être sauvage ».
Elle avait lu cette injonction écrite à la craie sur un mur crasseux près de la gare. C’était un soir de cafard. Un de ces soirs où la vie, sur ses frêles épaules, semblait peser des tonnes. Elle rentrait de son travail. Un boulot inintéressant qui lui rapportait un salaire médiocre.

« Il faut être sauvage ».
Elle se répétait ad libitum cette phrase comme un mantra. La sauvagerie devenait soudain son mot d’ordre. Le rythme de son pas changea. Sa façon de se tenir se transforma. La manière dont elle habitait son corps fut radicalement modifiée.

« Il faut être sauvage ».
Cette phrase c’était un signe du destin. Elle allait enfin se réveiller. Cesser de subir une vie qui ne lui convenait plus. Elle cultiverait désormais ses instincts, elle oserait ce qu’elle n’avait jamais osé. Elle se libérait de dizaines d’années d’inhibition.

Sauvagerie.
Finie la vie bien rangée. Finie la télé après dîner. Fini le boulot idiot. Fini l’appartement miteux.

Elle y pensa toute la nuit à la sauvagerie. Le lendemain, elle s’acheta un cahier à dessin. Deux jours après, le cahier était plein de rêves de liberté, de roulottes, de chiens, de caravanes, de femmes aux longs cheveux et d’hommes aux yeux noirs. Deux mois après, elle quitta l’appartement pour une vie toute autre.

Elle y pensa toute sa vie à la sauvagerie. Elle vécut les années qui lui restaient dans un camps de gitans au milieu des enfants auxquels elle enseignait tout ce qu’elle savait. Autour d’elle, des animaux, de la musique, des rires et des cris. Au moment de mourir, elle bénit ces quatre mots écrits à la craie sur un mur crasseux près de la gare. « Il faut être sauvage ».

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