Vaseco #7 Silence sauvage… de Franck Queyraud

François Bon et le collectif Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, un auteur écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

Aujourd’hui, je vasecommunique avec Franck Queyraud sur le thème du silence sauvage. Celui qui signe ses textes d’un Silence nous convie à une évaporation du monde tandis qu’un jeune baobab me bouscule par ce qu’il tait.

> Lire mon texte L’ombre disparue sur Flânerie quotidienne

> Accéder à la liste des vases communicants du mois d’août

©Franck-Queyraud

Photographie de Franck Queyraud

Je n’avais pas vu les nuages. J’étais allongé dans le sein des hautes herbes de cette prairie. M’étais endormi malgré quelques cailloux qui s’enfonçaient dans mon dos et un ciel bleu au-dessus de la tête. C’est en partie le frottement des herbes entre-elles qui m’a réveillé. Le vent s’était levé pendant la sieste. J’avais fait de drôles de rêves au cours de cette évaporation du monde : j’étais dans le désert, portant toute la chaleur sur mon dos, et j’entendais le grincement des grains de sable à chaque pas du chameau qui me transportait. Je n’avais plus d’eau. Je ne voyais presque plus rien. Le chameau a eu un pied non-assuré, j’ai été déstabilisé, failli tomber… C’est le frottement des herbes, entré en syntonie avec le grincement des grains de sable du rêve qui m’a réveillé. Maintenant, les nuages passaient à une allure folle au-dessus de ma tête. La couleur du ciel avait changé : un bleu gris profond, un bleu d’orage. Les herbes fouettaient mon visage. Qui me disaient lève-toi, bouge-toi, cours… Il n’y avait pas d’autres bruits que ceux du vent et des frottis d’herbes. Puis, les impacts de la pluie ont joué leurs parties. Les montagnes au loin semblaient inertes, imperturbables. Je me suis levé. J’ai couru vers la lisière de la forêt. Pour m’abriter. Abriter ma vie. Et puis je me suis souvenu qu’il ne fallait pas rester sous les arbres quand l’orage était sis juste au-dessus de vous. Les premiers éclairs sont arrivés et presque aussitôt, le craquement du tonnerre. J’ai agi. La vie est dans le mouvement. Je me suis mis à courir de nouveau vers le centre de la prairie. Je suis resté debout à regarder le ciel. Très vite, j’ai été trempé par cette pluie drue d’été. J’ai enlevé mes lunettes qui ne servaient plus à rien – je ne voyais rien, je ne voyais plus rien depuis un bon moment – et suis resté là sans bouger à écouter, à regarder, immobile comme un lézard et commencer à comprendre ce qui m’avait manqué jusqu’à aujourd’hui. Parfois, une goutte d’eau sur mon œil me rendait la vision une fraction de seconde, jouant le rôle des lunettes désormais inutiles. Je crois bien que j’avais la fièvre. J’ai tout de même bien fait de rester à cet endroit. L’arbre où je m’étais réfugié un instant auparavant a été illuminé, enveloppé. J’ai entendu un déchirement affreux. L’arbre s’est abattu quelques instants plus tard. L’orage est parti aussi subitement qu’il était venu. Et, il n’y avait plus de vent. Et, il n’y avait plus de frottis des herbacées, plus aucun bruit. Hormis, ce silence… et mon intérieur, à l’état sauvage de nouveau…

Silence.

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