Vaseco #10 Autour du profil du crime, avec François Vinsot

François Bon et le collectif Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, un auteur écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Aujourd’hui, je vasecommunique avec François Vinsot, un auteur qui développe une twittérature démentielle à coups de 140 signes : aphorismes, dialogues, feuilletons et romans. Ce format crée des rythmes particuliers et suscite chez le lecteur une gymnastique cognitive originale. Notre échange s’est orienté vers le polar, univers auquel nous sommes tous les deux sensibles, en jouant avec le « profil du crime ». François a choisi le mode du dialogue (surréaliste) et j’ai opté pour un format quasi tweet, en guise de clin d’œil à son travail.

> Lire mon texte Variations sur le profil du crime en 140 signes ou presque sur le blog de François Vinsot.
> Accéder à la liste des vases communicants du mois de décembre

L’autre : « Franchement vous avez tout à fait le profil du crime »

Lui : « De quel crime voulez vous parler ? »

L’autre : « Allons ne  faîtes pas l’innocent »

L’autre : « En tous cas je vous tiens à l’œil »

Lui : « Si cela peut vous faire plaisir »

L’autre : « Pourtant je ne vous imaginais pas du tout comme ça »

Lui : « Qu’entendez vous par là ? »

L’autre : « Physiquement je veux dire, je vous imaginais plus banal »

Lui : « Banal, vous voulez dire passe partout qui se fond dans la foule »

L’autre : « C’est cela en effet, et je suis vraiment curieux de voir comment vous allez bien pouvoir vous y prendre. »

Lui : « Vous avez pourtant l’air bien sûr de vous »

L’autre : « J’aimerais bien mais l’essentiel ne dépend pas de moi alors vous savez il faut quand même que je m’attende à tout. »

L’autre : « Ça y est, j’ai compris. Vous êtes déguisé mais cela ne vous ressemble pas du tout. Ah vous êtes vraiment très fort. On n’avait pas tord de dire que vous alliez me donner du fil à retordre, mais ne croyez pas que cela me fasse peur. J’adore les situations complexes alors donnez vous en à cœur joie. Au bout du compte, croyez bien que cela reviendra parfaitement au même. J’ai tout votre temps. »

Lui : « Je ne voudrais pas vous paraître excessivement désobligeant mais je n’ai pas la moindre idée de ce dont vous pouvez bien parler. »

L’autre : « Excusez moi un instant ; l’on m’appelle sur mon téléphone réservé aux urgences. »

L’autre : « Oui j’écoute »

L’autre : «  À quelle heure précise a eu lieu le crime ? »

L’autre : « Non alors ce n’est pas le bon. J’étais avec le coupable dont nous avons parlé donc ce n’est pas le bon crime.. De toute manière je vais le laisser partir  sinon nous n’allons pas pouvoir avancer. Je n’ai pas vu le temps passer. Nous avons affaire à un professionnel cela ne fait aucun doute. Je vous tiens au courant. Encore merci. »

L’autre : « J’imagine que vous avez entendu la conversation. Un crime a eu lieu alors que nous conversions et mon contact a aussitôt pensé à vous, vous imaginez bien. J’ai du reconnaître que cela n’était guère possible et que l’on s’était certainement trompé de crime. Mais vous ne perdez rien pour attendre. Vous pouvez en être sûr. »

Lui : «  Je suis censé être un professionnel, avez vous dît ? »

L’autre : « Ce n’est pas parce que vous n’avez pas de fichier que vous n’avez rien à vous reprocher. On est bien d’accord non ? D’ailleurs les plus grands criminels n’ont souvent jamais vraiment eu affaire à la police.  Je dirai même que c’est à cela que l’on peut les reconnaître voyez vous. Je parle des vraiment très grands criminels,  ceux de votre catégorie. Après tout vous méritez amplement ce compliment, reconnaissons le. »

Lui : « Donc j’aurais déjà commis de nombreux crimes, selon vous ? »

L ‘autre : « À mes yeux cela ne fait guère de doute en effet mais ce n’est pas la question. Ce qui est fait est fait, n’y revenons plus. Ce qui nous intéresse c’est le crime que vous allez commettre et c’est tout.

Lui : « Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Si vous êtes si persuadé, pourquoi ne pas m’empêcher de le commettre ? »

L’autre : « Je ne devrais peut être pas vous répondre, d’un strict point de vue professionnel, mais comme je suis certain que je ne vais rien vous apprendre, je vais vous dire ce que vous voulez entendre. Je regrette que ce ne soit pas ma mission et que notre profession soit devenue à ce point le nid de spécialisations multiples. Mais c’est ainsi. Nous n’y pouvons rien. Ma mission consiste à appréhender les criminels pour les empêcher de récidiver mais  je ne suis pas chargé de les empêcher de devenir criminel. D’ailleurs je dois bien reconnaître que je ne saurais même pas par où commencer. Il s’agit d’une spécialité totalement différente vous comprenez ? »

Lui :  « J’avoue que  vous m’apprenez quelque chose »

L’autre : « Vous pouvez faire le malin mais si vous croyez que vous allez vous en sortir comme ça, vous faîtes une grave erreur mon ami. »

L’autre, intérieurement : « Et si c’était quand même lui, comment aurait –il pu faire ? Je lui ai donc servi d’alibi. Ah je dois reconnaître qu’il est vraiment très fort. Mais oui, bien sûr. Il suffirait que ce ne soit pas lui qui ait été avec moi et alors tout s’explique. Non, en fait je ne crois pas. Nous n’allons pas tarder à en avoir le cœur net de toute façon. »

L’autre : « Ne quittez pas des yeux la personne qui vient de quitter le bâtiment » Tout me laisse croire qu’il ne va  pas tarder à commettre le crime. »

Un autre : « Je l’ai en vue mais il n’a pas du tout le profil.  Vous êtes vraiment sûr que nous parlons bien de la même personne ? »

L’autre : « Ne le quittez pas des yeux.  Avec son profil, il est parfaitement capable de ne pas correspondre au profil, vous comprenez ? »

Un autre : « Il est au volant d’une puissante voiture. On le suit. »

L’autre : « Il est vraiment très fort. Prenez le en chasse et interceptez le rapidement  mais ce sera trop tard alors ne vous inquiétez pas tout ira bien. »

Un autre : « Je ne comprends pas. »

L’autre : ¨Prévenez moi dès qu’il aura écrasé un piéton ; je lance toutes les voitures dont nous disposons. Cette fois nous le tenons. »

Un autre : « Affaire terminée. »

L’autre : « Déjà, eh bien il n’a pas perdu de temps. Vous avez pu l’appréhender. »

Un autre : « Je dois vous dire que les choses ne se sont pas tout à fait passé comme prévues.

L’autre : « C’est à dire ? »

Un autre : « La voiture a bien continué au rouge  mais personne ne traversait. Le coupable a poursuivi sa course jusqu’au passage piéton suivant mais ne l’a jamais atteint. Il a encastré son véhicule dans le mur d’un immeuble en pierres de tailles. Il n’y a pas de victimes. Le coupable est mort. »

L’autre : « Ah mais c’est très ennuyeux tout cela. Vous êtres vraiment sur qu’il n’a pas fait de victime ? »

Un autre : « Oui, aucun doute. »

L’autre : « Et vous êtes  vraiment certain qu’il est mort ? »

Un autre : « Oui, aucun doute. »

L’autre : « C’est vraiment dommage. Il avait vraiment le profil mais bon, on ne peut pas gagner à tous les coups. Merci. On se retrouve au bureau. Je dois vous laisser on m’appelle sur une ligne que je croyais morte. Ce doit être important. »

Fin

Francois vinsot.wordpress.com

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