Déambulations littéraires 2014 #2

Des histoires qui disent l’histoire. De la littérature contemporaine qui s’intéresse au passé et au présent qui fera notre histoire de demain.

jacobJacob, Jacob, Valérie Zenatti (L’olivier). Un roman sensible sur la guerre, centré sur le personnage d’un Juif de Constantine, d’une famille modeste et enrôlé pour la libération en 44. Écriture glissante et envoûtante.
« Jacob, volubile, parle avec Attali pour vaincre la terreur qui l’a saisi un peu plus tôt. Le cadavre de Bonnin, c’est signe que la mort a réduit ses cercles autour d’eux, il faut aligner les phrases pour chasser cette image, cette pensée, ne laisser aucun interstice entre les mots, la panique a le pouvoir de s’infiltrer dans la moindre fissure. Ils reprennent leur conversation favorite, on les a bien eus, on y est presque, qu’est-ce que tu feras après, quand on rentrera chez nous, j’embrasserai ma mère, j’irai me baigner dans le Rhumel et puis j’irai boire une anisette place de la Brèche servie avec une magnifique kémia, je mangerai tous les plats de chez nous, tous les plats des fêtes qu’on a ratés (…) »

hasardCe n’est pas un hasard, Ryoko Sekiguchi (POL). Une chronique de l’après Fukushima, vue par l’auteure japonaise qui vit en France. Littérature de la catastrophe. Piquant et émouvant.
« L’important, quand on s’interroge sur « ce qui est possible après une catastrophe », question maintes fois posée de par le monde, c’est d’avoir à l’esprit que l’on est aussi à la veille d’autres catastrophes à venir, donc qu’il faut également s’interroger sur ce que l’on peut écrire avant une catastrophe, ou entre deux catastrophes, qui est l’état permanent dans lequel nous vivons. »

tristesseTristesse de la terre (Actes Sud), avec la manière si personnelle d’Éric Vuillard de raconter l’histoire, d’en faire une littérature qui lui est propre, comme déjà dans Congo (Actes Sud, 2012). « Une histoire de Buffalo Bill Cody », est-il précisé en sous-titre. Le Wild West Show, les cow-boys et les Indiens, comment l’histoire des États-Unis s’est faite spectacle.
« Le spectacle nous dérobe et nous ment et nous grise et nous offre le monde sous toutes ses formes. Et, parfois, la scène semble exister davantage que le monde, elle est plus présente que nos vies, plus émouvante et vraisemblable que la réalité, plus effrayante que nos cauchemars. »
«  Quelques Indiens à cheval tournent autour des rangers en criant comme Buffalo Bill leur a appris à le faire. Il font claquer leur paume sur leur bouche, whou ! whou ! whou ! Et cela rend une sorte de cri sauvage, inhumain. Mais ce cri de guerre, ils ne l’ont poussé ni dans les Grandes Plaines ni au Canada, ni nulle part d’ailleurs – c’est une pure invention de Buffalo Bill. Et ce cri de scène, cette formidable trouvaille de bateleur, ils ne savent pas encore qu’il leur faudra le pousser sans cesse, dans toutes les mises en scène où on les emploiera à jouer les figurants de leur propre malheur. Oui, ils ignorent encore le destin de ce truc inventé par Buffalo Bill, ils ne peuvent pas imaginer que tous les enfants du monde occidental vont désormais, tournant autour du feu, faire vibrer leur paume sur leur bouche, en poussant des « cris de sioux » ; ils ne peuvent pas imaginer le prodigieux avenir de cette chose grotesque, le fabuleux pouvoir de combustion du sens à travers le spectacle. Et cependant, ils durent en éprouver en secret toute l’horreur. »

lancetreParce que traduire est aussi acte de littérature, évoquer L’ancêtre de Juan José Saer dans la nouvelle traduction, brillante, de Laure Bataillon chez Le Tripode. Incroyable histoire d’anthropophages inspirée de faits réels survenus en 1515.
« On ne sait jamais quand on naît : l’accouchement est une simple convention. Beaucoup de gens meurent sans être jamais nés ; d’autres naissent à peine, d’autres mal, comme avortés. Certains, par naissances successives, passent de vie en vie, et si la mort ne venait pas les interrompre, ils seraient capables d’épuiser le bouquet des mondes possibles à force de naître sans relâche, comme s’ils possédaient une réserve inépuisable d’innocence et d’abandon. »

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