Foire du livre de Brive

Ce week-end, je serai présente à la foire du livre de Brive :

Vendredi 4 novembre :
* matinée et début d’après-midi : rencontre avec des classes pour parler de mon travail d’auteure, et en particulier de La Mare aux crocos
* dédicaces en fin d’après-midi sur le site de la foire

Samedi 5 novembre, toute la journée : dédicaces sur le site de la foire

Au plaisir de vous rencontrer !

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Rafraîchissement

Après quelques mois d’inactivité, je viens d’effectuer une refonte de cet espace-web, qui devient plus représentatif de l’ensemble de mes activités d’écriture. D’un espace de création littéraire en ligne, il évolue vers une vitrine plus générale. J’y intègre désormais tout ce qui concerne mes réalisations en jeunesse, qui constituent une partie essentielle et importante de mon travail d’écriture. Le « gros morceau » est l’intégration de la liste de mes publications jeunesse > ici

L’occasion aussi d’annoncer deux parutions ce mois-ci, en jeunesse justement : un récit dans un magazine et un album documentaire.

yémoutDans Expédition yémout, un petit garçon protège un animal mystérieux contre son père et ses acolytes qui veulent le chasser. Ou comment défendre ses convictions, même face à ceux qu’on aime. Les illustrations d’Aurore Damant donnent un côté cartoon à cette histoire à l’ambiance himalayenne. Le magazine contient un CD avec le récit lu par des comédiens pétillants !
Expédition yémout, ill. Aurore Damant, dans J’apprends à lire, n°195, Milan presse (5-7 ans)

La mare aux crocosLa mare aux crocos compile des fantaisies anthropozoologiques africaines : des hyènes choyées par une cité, une mare aux crocodiles sacrés, un paradis pour hippopotames, des relations mystiques avec des lamantins… Un livre pour déceler le lien intime qui unit tous les êtres vivants entre eux et avec la planète. Avec les illustrations d’Hélène Georges, aux couleurs inventives, mises en valeur par une maquette épurée et un grand format.
La mare aux crocos, ill. Hélène Georges, Actes Sud junior, avec le soutien du CNL (à partir de 9 ans)
Premiers avis :
> Culturellement vôtre
> Librairie Tire-Lire

Déambulations littéraires 2014 #3

Zoom sur quelques maisons d’édition/collections. D’abord, les Éditions Lunatique qui m’ont fait l’honneur d’accueillir mes Mots de sable soufflés. Maison d’édition qui rassemble auteurs dissonants, et qui a l’audace de publier (entre autres) des nouvelles à l’unité dans des livres de qualité remarquable, collection « 36e Deux Sous ». Citer Marlène Tissot avec Le poids du monde, écriture à fleur de peau, texte fort. Parler aussi du Journal d’un fœtus de Benjamin Taïeb, étrange monologue ininterrompu d’un enfant à venir depuis son environnement amniotique, insolent comme j’aime. Et gros coup de cœur pour La toute petite fille monstre, roman de A.S. Nebojša. Lire l’horreur, côté bourreau, et pénétrer l’espace ténu qui nous sépare du monstre. De la littérature qui remue les tripes, « lyrisme glacial » décrit Éric Pessan.
« Bacchanale sanglante. Déesse de l’horreur arbitraire, Monika regarde les hommes tomber. Elle s’approche. Elle aime venir juste à côté du prisonnier qu’on abat. Elle scrute ses yeux. Le cillement presque indiscernable des paupières au moment où la balle déchire la peau et éclate les os du crâne. L’affaissement du corps l’émeut. La vie s’échappe avec tant de brutalité qu’elle arrache toute force. L’enveloppe n’est qu’un amas de chiffons sans intérêt. / La question du sens de la vie disparaît si la mort n’est rien de plus qu’une étincelle. C’est la preuve irréfutable que la mort est un non-événement. C’est ce qui plaît à Monika. Quel soulagement. »

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Chez Les Éditions du Chemin de fer également, attention toute particulière portée à l’objet-livre. (J’y suis attachée : à l’heure du numérique, à quoi bon faire des livres papier si ce ne sont pas de beaux objets ?) Accent mis sur des écritures singulières, avec pour chaque titre une longue nouvelle illustrée par un artiste plasticien, visuels qui donnent une teneur particulière au texte. Outre La fille aux loups d’Éric Pessan dont j’ai parlé ici, citer Parfaite ! de Mercedes Deambrosis vu par Jacques Floret, langue aussi froide et impeccable que son héroïne, laquelle laissera peu à peu apparaître ses fissures. Jeanne de Patrick Da Silva vu par Noémie Privat, dans une écriture toute médiévale, relate un procès à travers trois personnages, dont la cause se dévoile très finement pour éclater in fine.

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Dans l’excellente collection « Qui Vive » de Buchet-Chastel, évoquer le texte poétique et émouvant de Marie-Aimée Lebreton, Cent sept ans, l’exil, la guerre, l’absence, les femmes, l’enfance.

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« Entre elles, il y avait les absents, ceux qu’on ne voyait pas mais auxquels on pensait, sans rien dire et surtout sans rien montrer. Les morts sont comme toutes les choses que les enfants doivent ignorer. On les cache comme la honte. Et pourtant, ils entrent partout, par la bouche, par le ventre et surtout par les yeux, sans être seulement ralentis par la lumière blanche qui chasse loin devant la douceur tranquille de l’aube. »

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Avec Quand je meurs, achète-toi un régime de bananes, de Isabelle Zribi, on entre dans un questionnement sur la langue et la littérature.
« Quand elle est utile, la littérature réveille les instants endormis. Grâce à l’électricité conjointe de l’auteur et du lecteur, la littérature rend mouvement et densité à ce qui s’oublie le plus facilement, la finesse de ce qui nous arrive. » 

Pour E-fractions éditions, en préambule, renvoyer vers sa solution originale de Ebook-cartes, qui permet d’inscrire la librairie indépendante dans un modèle économique de livres numériques. Ici, on fait de la littérature contemporaine française à l’américaine en quelque sorte, rock à souhait, avec tout ce que ça implique d’énergie, de révolte et de noirceur. Exploration dans la collection de nouvelles « Hors format » :

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« Mais comment annoncer à des enfants de huit et douze ans que leur maman ne reviendra plus ? Où trouver les mots quand je ferme sans cesse les yeux en espérant les rouvrir sur un monde où elle serait encore ? Comment ne pas trahir en les mettant au courant le vain regret qui me lamine ?
Faire passer, Carole Zalberg

celui« C’est fou comme les patrons de rades de province n’ont pas d’imagination. Tu peux être sûr, quelle que soit la ville où tu débarques, que si tu cherches un endroit bien glauque et bien pourri pour finir ta nuit tu tomberas sur un lieu comme celui-ci, avec l’un de ces noms à la con, piqués aux mythes californiens ou new-yorkais des seventies. »
Celle qui ne tue pas, Franck-Olivier Laferrère

ciel« Ça passe vite, le temps. Trop vite, ça nous laisse avec cette amertume et ce sentiment d’inachevé, comme un brouillon entamé et un peu raté auquel on s’habitue. Moi je ne me suis pas habitué. Je ne m’habituerai pas à la connerie humaine qui fout un putain d’océan entre nous, qui m’éloigne de ces notes chéries. »
Le ciel et le sable, Tara Lennart

miso

« J’ai peur des femmes. Des gens en général, mais en particulier des femmes. J’en ai peur parce que je ne les comprends pas. Elles me glissent entre les mains ; ça m’agace de vivre avec des anguilles. »
Misogyne, Mano

solitude« Mon premier client, c’était un gros porc, qui sentait le rance. Après, je me suis rendu compte que la plupart étaient comme ça, mais là, c’était mon tout premier, alors vous pensez si je m’en souviens. Il voulait que je lui taille une pipe et il n’arrêtait pas de me tirer par les cheveux. Quand il a joui, j’ai eu envie de vomir, mais j’ai tout avalé. C’est comme ça qu’on devient professionnel. Il m’a payé et il m’a demandé mon âge. J’ai menti, bien sûr et il a secoué la tête. »
La solitude du baiseur de fond, Sébastien Doubinsky

Il aurait aussi fallu parler de tous ces blogs littéraires sur lesquels je flâne quotidiennement (voir mon blogroll), mais le temps manque… Peut-être l’année prochaine ?

Déambulations littéraires 2014 #2

Des histoires qui disent l’histoire. De la littérature contemporaine qui s’intéresse au passé et au présent qui fera notre histoire de demain.

jacobJacob, Jacob, Valérie Zenatti (L’olivier). Un roman sensible sur la guerre, centré sur le personnage d’un Juif de Constantine, d’une famille modeste et enrôlé pour la libération en 44. Écriture glissante et envoûtante.
« Jacob, volubile, parle avec Attali pour vaincre la terreur qui l’a saisi un peu plus tôt. Le cadavre de Bonnin, c’est signe que la mort a réduit ses cercles autour d’eux, il faut aligner les phrases pour chasser cette image, cette pensée, ne laisser aucun interstice entre les mots, la panique a le pouvoir de s’infiltrer dans la moindre fissure. Ils reprennent leur conversation favorite, on les a bien eus, on y est presque, qu’est-ce que tu feras après, quand on rentrera chez nous, j’embrasserai ma mère, j’irai me baigner dans le Rhumel et puis j’irai boire une anisette place de la Brèche servie avec une magnifique kémia, je mangerai tous les plats de chez nous, tous les plats des fêtes qu’on a ratés (…) »

hasardCe n’est pas un hasard, Ryoko Sekiguchi (POL). Une chronique de l’après Fukushima, vue par l’auteure japonaise qui vit en France. Littérature de la catastrophe. Piquant et émouvant.
« L’important, quand on s’interroge sur « ce qui est possible après une catastrophe », question maintes fois posée de par le monde, c’est d’avoir à l’esprit que l’on est aussi à la veille d’autres catastrophes à venir, donc qu’il faut également s’interroger sur ce que l’on peut écrire avant une catastrophe, ou entre deux catastrophes, qui est l’état permanent dans lequel nous vivons. »

tristesseTristesse de la terre (Actes Sud), avec la manière si personnelle d’Éric Vuillard de raconter l’histoire, d’en faire une littérature qui lui est propre, comme déjà dans Congo (Actes Sud, 2012). « Une histoire de Buffalo Bill Cody », est-il précisé en sous-titre. Le Wild West Show, les cow-boys et les Indiens, comment l’histoire des États-Unis s’est faite spectacle.
« Le spectacle nous dérobe et nous ment et nous grise et nous offre le monde sous toutes ses formes. Et, parfois, la scène semble exister davantage que le monde, elle est plus présente que nos vies, plus émouvante et vraisemblable que la réalité, plus effrayante que nos cauchemars. »
«  Quelques Indiens à cheval tournent autour des rangers en criant comme Buffalo Bill leur a appris à le faire. Il font claquer leur paume sur leur bouche, whou ! whou ! whou ! Et cela rend une sorte de cri sauvage, inhumain. Mais ce cri de guerre, ils ne l’ont poussé ni dans les Grandes Plaines ni au Canada, ni nulle part d’ailleurs – c’est une pure invention de Buffalo Bill. Et ce cri de scène, cette formidable trouvaille de bateleur, ils ne savent pas encore qu’il leur faudra le pousser sans cesse, dans toutes les mises en scène où on les emploiera à jouer les figurants de leur propre malheur. Oui, ils ignorent encore le destin de ce truc inventé par Buffalo Bill, ils ne peuvent pas imaginer que tous les enfants du monde occidental vont désormais, tournant autour du feu, faire vibrer leur paume sur leur bouche, en poussant des « cris de sioux » ; ils ne peuvent pas imaginer le prodigieux avenir de cette chose grotesque, le fabuleux pouvoir de combustion du sens à travers le spectacle. Et cependant, ils durent en éprouver en secret toute l’horreur. »

lancetreParce que traduire est aussi acte de littérature, évoquer L’ancêtre de Juan José Saer dans la nouvelle traduction, brillante, de Laure Bataillon chez Le Tripode. Incroyable histoire d’anthropophages inspirée de faits réels survenus en 1515.
« On ne sait jamais quand on naît : l’accouchement est une simple convention. Beaucoup de gens meurent sans être jamais nés ; d’autres naissent à peine, d’autres mal, comme avortés. Certains, par naissances successives, passent de vie en vie, et si la mort ne venait pas les interrompre, ils seraient capables d’épuiser le bouquet des mondes possibles à force de naître sans relâche, comme s’ils possédaient une réserve inépuisable d’innocence et d’abandon. »