Imaginateur #35

T’imagines pas crier comme un enfant, t’étonner t’extasier devant la portée la texture le volume de ta voix, te demander depuis quand tu n’as pas crié, depuis quand tu n’as pas crié comme ça juste pour le plaisir, parce qu’on ne crie pas on ne crie plus quand on est adulte, on garde les cris renfermés, sauf à faire du théâtre ou un art martial, sauf à hurler de douleur, sauf à sauter à l’élastique, sauf des mots de colère, mais le cri à l’état brut sans gêne sans te demander qui va t’entendre, sans sembler fou ou paraître en détresse, le son pur puissant, depuis quand, hein, depuis quand ?

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Imaginateur #34

T’imagines pas les poids plumes, portés par le souffle, résistance zéro après capitulation, plaisir de glisser fendre rebondir sur les nuages, poussée verticale, traversée de l’atmosphère – troposphère stratosphère mésosphère thermosphère exosphère – et, léger comme rien, flotter dans l’espace, frôler les planètes, chatouiller les étoiles, être aspiré par les galaxies, puis revenir à ta déclaration d’impôts.

Imaginateur #33

T’imagines pas l’intérêt des jobs alimentaires, essayer d’en tirer des fils littéraires, décortiquer les tensions humaines, percevoir les nœuds psychologiques, les trames et intrigues dignes des cours royales et des séries américaines, mais exécrer le monochrome de l’entreprise ou le monotone de la fonction publique, et ne penser qu’aux clavier, textes et histoires, et taper des mots à l’infini, le soir.

Imaginateur #32

T’imagines pas le souffle qui dit « lâche, lâche », la voix qui susurre le déraisonnable, la pulsion vers le fantasque quand tout devrait te pousser à entrer dans le rang, le choix du risque au moment où il faudrait jouer la sécurité, et cette sensation infinie de liberté et de légèreté.

Imaginateur #31

T’imagines pas les papillons qui envahissent le monde, les cocons qui jonchent le sol, les champs, le bitume, les chrysalides qui gonflent, et le silence avant l’envol, les ailes qui se défroissent et se déploient, les couleurs et les motifs qui explosent, parce que les insectes triompheront, tu sais.